Par DV8
Parlons un peu d’actualité. Vous avez vu la dernière saison de Game of Throne ? Moi aussi, passons vite à autre chose.

On va plutôt parler de LA dernière annonce de GW: les peintures Contrasts (en anglais dans le texte, bien évidemment)!Ou plutôt on va parler des remarques et supputations que cette annonce continue de susciter et surtout de… contrastes! Commençons par la “mise en garde” de rigueur: ne les ayant pas essayé je n’ai pas d’avis tranché sur ces Contrasts si ce n’est que 1. de ce que l’on peut en voir en vidéo, ça a l’air prometteur 2. la contenance des pots me semble faible par rapport à la consommation d’un peintre “d’armée”.

Un contraste en peinture, on le sait tous, c’est une variation de l’ombre et de la lumière ou l’ombre est censée faire ressortir la lumière. Ça c’est la théorie.

Du point de vue technique en peinture de figurine le contraste se fait à travers des trompe-l’œil. Si vous prenez n’importe quelle figurine sous couchée en blanc vous ne verrez quasiment aucun contraste apparent : elle apparaît comme baignée “uniformément” dans la lumière ambiante. Si vous la prenez en photo en macro avec des éclairages vous verrez des ombres, mais à l’œil c’est une autre histoire.

Squelette GW sous-couché en blanc (de la série « Mind of Mengel »)

Il nous faut donc “tricher” et cherchez des techniques qui permettent d’augmenter voire d’artificialiser ces contrastes d’une manière qui va apparaître comme logique à notre cerveau. Et si possible que cela fonction de loin, genre a un mètre de distance sur une table de jeu.

Dit comme ça on s’aperçoit que cette histoire n’est pas forcément simple ou facilement accessible aux débutants.

Pourtant il existe des techniques qui permettent d’obtenir facilement un contraste fort sur ses figurines.
Dès la première étape, celle de la sous-couche, on peut par exemple utiliser une peinture noire par en dessous (les ombres) et blanche par au-dessus (la lumière): c’est une technique dite “zénithale” car elle simule aux lumières au zénith directement au-dessus du personnage.

Exemple de sous-couche zénithale, notez la face noire de l’épée par en dessous et blanche au dessus, l’ombre déjà marquée sur le haut des orbites et le dégradé de gris sur le bouclier.

Ensuite, sur une base propre, il existe les peintures lavis dites “Washes” en anglais (Shade chez GW) qui permettent en une application d’obtenir des contrastes marqués. Je vous laisse lire le précédent article d’Alias qui est fort éclairant (et bluffant) sur le sujet.

Par le passé et encore aujourd’hui certains peintres utilisent des encres pour un effet similaire.

Du coup ces nouvelles peintures “Contrasts”, qu’est-ce que c’est? Vous lirez un peu partout des commentaires sur la nature de ces peintures: la seule vérité c’est que personne ne connaît la composition de la chose et on n’est pas prêt de la connaître.

La peinture Contrast, c’est donc ça…

Maintenant en regardant les résultats et le comportement de la peinture, on peut faire deux observations:

  1. ce ne sont pas des “wash”, c’est-à-dire de la peinture diluée sous forme de lavis. Un lavis va déposer une teinte sur toute la surface avec différentes intensités de couleur en fonction des creux et des reliefs de la figurine. Le contraste apporté est donc faible, même pour les “Shades” de GW.
  2. ce ne sont pas des encres. À l’application une encre non diluée nécessitée d’être “poussée” au pinceau dans les creux. Si on ne le fait pas on obtient des auréoles et des tâches qui sont absentes des figurines traitées avec la peinture “Contraste”.

Dans les deux cas la viscosité est très différente de celle observée sur les peintures “Contrast”.

Mais alors qu’est-ce que c’est? Un produit miracle découvert par les laboratoires de GW? Comme l’annonce humoristique du produit le laisse entendre, pas vraiment.

Le comportement de la peinture à l’application (merci aux Youtubeurs pour les zooms) et la manière donc elle sèche nous fait indéniablement penser à … une lasure acrylique.

« Une lasure? Le truc qu’on met sur les meubles et planche de bois? Quelle drôle d’idée ! »

Et bien pas réellement. Cela fait des décennies désormais que les peintres d’armées, notamment dans l’historique, peignent leurs figurines avec des techniques qui confinent aux barbarismes. Pensez donc : couleurs de base à l’arrache, plouf on trempe dans la lasure couleur chêne foncée et pouf dans le panier à salade!

Une bande de nains lasurées par le Psilète fantôme.

Malgré des résultats plus que probants ( lorsqu’on la maîtrise), cette technique n’a jamais eu très bonne réputation. Pire, elle a longtemps fait l’objet de dédains de la part des peintres qui ne la pratiquaient pas. Un peu comme le brossage à sec.

Ça n’a pas empêché certains peintres de s’en emparer et de développer certains raffinements. Et pour cause: pour un gain de temps plus que conséquent, cette technique offre un contraste fort qui fonctionne à merveille sur une table de jeu.

L’un de ces raffinements consiste à utiliser une lasure acrylique incolore (dites “lasure à l’eau”) comme médium pour sa peinture.

En peinture, le médium est le produit liant les pigments. C’est le produit incolore qui apparaît en surface lorsque vous ouvrez votre pot sans l’avoir mélangé.  Par extension on appelle médium un liant sans pigment que l’on va utiliser pour ajuster les propriétés de la peinture: la manière dont elle “coule”, dont elle sèche, etc.

Il existe différent type de medium. ici différentes marques de medium mat (image art-is-fun.com)

La lasure utilisée comme médium donne à une peinture ou à une encre un comportement très différent: appliquée de manière uniforme sur une surface les pigments de la peinture vont se regrouper dans les creux et en bordure des détails. Vous obtenez ainsi ce fameux contraste tant recherché, sans avoir besoin de guider la peinture au pinceau: gain de temps.

Pour moi, a vu de nez, la peinture “contraste”n’est ni plus ni moins qu’un mélange aqueux (à base d’eau donc) de résine polyacrylique sans charge (la définition d’une lasure). Pas d’épaississant, pas trop de “trucs” et de “machin” qui vont permettre aux pigments de recouvrir uniformément une surface mais à la place pas mal de médium qui va “transporter” une très grosse partie des pigments dans les creux, laissant apparaître la couleur sous-jacente sur les reliefs et les arêtes.

Pour expérimenter sur mon propos et celui de GW, je me suis livré à un petit exercice de style: 1 h, 1 couche, 4 figurines.

J’ai d’abord fait un essai avec une peinture aquarellable censée être très lumineuse: l’Ecoline de chez Talens. J’ai donc suivi mon propre “tutoriel” en 5 points:

  1. prenez une lasure acrylique (dites « à l’eau”) incolore, n’importe quelle marque.
  2. prenez de bêtes (encres) acryliques en magasin d’art.
  3. de l’eau déminéralisée pour éviter les déconvenues (tensions de surfaces, etc).
  4. mélangez la lasure avec l’eau sur une base 50/50 et 75/25.
  5. teintez votre mélange avec votre (vos) encre(s) selon vos convenances.

Sauf que, incapable de suivre mes propres conseils, j’ai utilisé l’eau du robinet.

Mettez votre encre dans un godet suffisamment profond.

Rajoutez votre lasure acrylique incolore (le produit blanc laiteux). Pour ce faire je transvase ma lasure dans des pot verseur de Ketchup d’une marque américaine bien connu.

Avec un compte goutte je rajoute de l’eau et je mélange bien l’ensemble.

Une illustration du comportement typique d’une lasure acrylique: elle va se concentrer dans les creux et faire des « paquets » qu’il va falloir absorber avec un pinceau pour éviter les effets disgracieux.

Une figurine en cours de séchage à laquelle on a retiré avec un pinceau les accumulations de lasure, tout en laissant suffisamment de produit pour bien marquer les creux.

La figurine totalement sèche.

Première observation: la peinture Ecoline est à proscrire. Elle n’offre pas un contraste satisfaisant et n’a pas de pouvoir couvrant. Une encre classique donnera un meilleure résultat. Cependant le traitement semble suffisant pour les visages qui se retrouvent bien dessinés.

J’ai donc procédé à un second essai, avec les mêmes figurines, mais en utilisant cette fois des peintures d’art de la marque Artistic Paints Co.

Pour rester proche de la démarche GW je me suis contenté d’appliquer une seule couche sur chaque surface, en travaillant les transitions “dans le frais” (on n’attends pas qu’une surface soit sèche avant de traiter la surface adjacente). J’ai traité deux types de surface: d’abord les métalliques, puis une fois sèches, les cuirs.

De la même manière que précédemment on prépare son mélange peinture+lasure+eau en essayant cette fois d’avoir un résultat plus couvrant. J’ai donc préparé un bleu nuit métallique et un argent bleuté très clair.

Pour l’application, laissez-vous guider par la sous-couche zénithale: argent tout d’abord sur les parties en blanc, puis bleu nuit là où c’est noir. Les transitions se feront naturellement durant le séchage.

Comme pour les métalliques, j’ai préparé 3 teintes marrons, une foncée, une clair et une médium.

Et ensuite j’ai appliqué mes teintes sur les différentes surfaces de la figurine, sans vraiment travailler mes transitions mais en essayant de ne pas déborder ou d’en mettre partout.

Voilà ce qu’on peut obtenir en une simple séance de peinture, pour peu qu’on utilise un sèche-cheveux pour accélérer le séchage entre les métalliques et les cuirs. Vous noterez que les visages sont restés tels quels. Sans traitement préalable avec l’Ecoline, je serais surement repassée dessus avec un lavis GW.
D’ailleurs une fois la lasure sèche il peut être une bonne idée de retraiter rapidement certaines surfaces avec des lavis GW légèrement diluées. Les métalliques avec une sépia pour un aspect usé, la cape en noir pour accentuer encore les contrastes, etc.

Je n’ai aucun doute sur le fait que les peintures Contrasts offriront des résultats encore plus satisfaisants.
Vous l’avez vue, la lasure acrylique est un outil intéressant pour explorer de nouvelle voie mais elle demande de faire des mélanges et un peu de chimie de comptoir. S’il vous faut peindre un ou deux régiments, cette technique n’a que peu d’intérêt.
S’il faut peindre une armée en totalité ou l’entièreté d’un pledge KS et ce plusieurs fois dans la décennie, le pot de lasure a 20 EUR peut peut être devenir une solution intéressante.

J’espère juste que ce premier billet vous donnera envie de faire vos propres expériences, avec ou sans.

Bonne peinture a tous,

DV8