Tout à commencé par un KS qui n’a eu qu’un succès modéré. Rien de catastrophique pour CMON (qui a les reins aussi solides qu’une actrice X après 20 ans de carrière) mais un semi-échec quand même. Votre serviteur avait suivi la campagne KS mais sans investir par crainte de voir le jeu transformé en un « one-shoot ». Car A Song of Ice and Fire (Trône de Fer en VF et ASOIF en abrégé) est un wargame avec figurines « à l’ancienne », où les figurines se rangent sur des plateaux de mouvement et où l’on lance des brouettes de dés. Et donc un jeu qui nécessite des sorties plus ou moins régulières et de nouvelles factions.

Mais CMON n’a pas lâché l’affaire et au-delà du KS, l’éditeur a lancé son jeu sur le marché, y compris en version localisée (càd VF pour nous). Et le moins que l’on puisse dire c’est que le jeu a connu un lancement atypique. Il y a un an, les boîtes de bases (Stark vs Lannister) s’entassaient chez les revendeurs de ma connaissance et tous se demandaient comment ils allaient fourguer ce machin qui se vendait mal. Survient alors un petit miracle et les boîtes commencent à partir… vite. Résultat, la boîte de base passe « out of stock » durant l’été et quelques références des premières vagues sont aujourd’hui encore indisponibles (archers Stark par exemple). Du côté de la VO, CMON assure des sorties plus ou moins régulières et surtout lance rapidement deux nouvelles factions, la Garde de Nuit et le Peuple Libre. Très récemment, les factions Baratheon et Targaryen ont également été mises sur les rails (en V.O toujours).

Du côté de la VF, on a droit à une tragédie grecque avec la reprise par Asmodée de la gamme en Europe. Ceux qui ont suivis le naufrage Runewars ou les déboires de la VF Star Wars Legion savent qu’Asmodée gère très mal ses stocks et semble incapable de planifier ses produits au-delà d’un trimestre. Du coup certaines références sont aujourd’hui absentes des rayons alors que certaines sorties V.O. n’ont jamais été traduites (on a « sauté » une vague de sortie). Soyons de bons comptes et saluons quand même la récente et brillante bidouille pour remettre des boîtes de base et quelques extensions en rayon. Asmodée a racheté des stock italiens, réimprimé localement les cartes en VF et collé un autocollant « contenu en VF » sur les boîtes. Ca reste du bricolage mais au moins les boîtes sont revenues en boutiques (tout çà à pris 6-8 mois quand même). Ci-dessous une photo rare du service de planification et gestion des stocks.

Bref, faisons fi des aléas de production et de diffusion et causons du jeu. Est-il bon ? Et la réponse est selon moi oui, il est foutrement bon. Je vais même aller plus loin : ASOIF est ce que Warhammer Battle 9 aurait pu être : un wargame avec figurines qui conserve les bons côtés des classiques tout en intégrant une indispensable dose de modernité. Si comme moi vous avez passé des années à jouer à WHB (pour ma part depuis la V3 à la toute fin des années 80), ASOIF est un produit a considérer avec attention.

Commençons par les bases du jeu, qui sont des plus classiques. Chaque camp monte son armée en choisissant ses unités et ses héros pour arriver à un nombre de points requis (30 à 50 selon le format de jeu). Sachant qu’une unité coûte en moyenne 5-6 points et que les personnages vont de 1 à 4 points, on arrive à des armées qui comptent 5 à 7 unités et une poignée de personnages. Le jeu reste donc relativement accessible sur le plan financier puisque vous pouvez monter une armée pour une centaine d’euros environ (un starter + une boîte soit 5 unités et quelques héros et champions).

Dés la composition, une spécificité intervient, certains de vos héros ne vont pas aller « à la cogne » mais influenceront le jeu depuis l’extérieur du plateau en donnant divers avantages à la troupes. Ces effets représentent les magouilles politiques qui agitent Westeros et chacun sait que ces magouilles sont aussi fréquentes que la petite vérole dans un B.M.C. de 1917 (Bordel Mobile de Campagne, çà a vraiment existé). Sachant qu’il y a 6 emplacements partagés avec l’adversaire, avoir beaucoup de personnages non-combattants permet de s’octroyer de nombreux avantages… mais ces personnages ont un coût ! Il faut donc choisir entre une troupe nombreuse mais peu soutenue ou une poignée d’unités disposant de nombreux bonus « politiques ». Cet ajout simple mais rudement malin ouvre la porte à de nombreuses stratégies et diversifie largement le jeu.

Ces bonus « politiques » peuvent donc renforcer les points forts de votre armée (squatter la position politique permettant de soigner ses unités quand on possède une armée déjà solide à la base peut rendre fou votre adversaire) ou au contraire, compenser l’un de ses points faible (les Lannister, assez peu mobiles peuvent ainsi tenter de squatter la position qui donne un mouvement gratuit). Ajoutons à cela les cartes tactiques (fournies selon votre faction et le personnage choisit comme général) et nous avons là une multitudes de combinaisons possibles qui garantissent de nombreuses parties différentes avec les mêmes figurines. Le simple fait de modifier quelques personnages (surtout le général) peut fortement changer le style de votre armée. Bref, c’est du très bon, facile à comprendre mais long à maîtriser (une qualité importante pour un jeu selon moi).

Passons au gameplay à proprement parler. Rien de révolutionnaire ici mais un système qui tourne bien et s’explique facilement. Les unités possèdent quelques caractéristiques de base (combat, mouvement, armure, moral) et se déplacent bien plus aisément que les vieilles roues pénibles de WHB puisque des pivots sont inclus avant et après le mouvement standard. Une marche, plus rapide mais moins mobile (pas de pivot avant) permet également de déplacer les unités sur de plus grandes distances. Les combats sont des plus simples : selon le nombre de rangs restant, on lance X dé et chaque score égal ou supérieur à la valeur de combat de l’unité inflige une touche. Que l’adversaire tentera d’annuler via une bonne vieille sauvegarde d’armure des familles.

Quelques petits effets bonus (panique, affaiblissement, vulnérabilité) viennent pimenter les combats et chaque unité (ou presque) possède une ou deux petites règles spéciales qui lui donnent un peu de caractère. Ligne de vue, charges, bonus pour les attaques de flanc ou de dos, terrains et tests de moral sont assez classiques et les joueurs avec un peu de bouteille s’y retrouveront facilement. Terminons par le critère indispensable à tout jeu moderne : l’activation alternée qui assure un jeu nerveux et sans temps mort. Oui je te parle à toi qui a passé 45 minutes à ne rien faire pendant qu’un adversaire mou du genou (et/ou particulièrement con-chiant) jouait son tour de WHB ou 40k.

Bref, oui le jeu est bon et même si je n’ai pas misé dessus lors du KS, je me suis désormais offert de quoi jouer car en tant que vieux de la vieille de WHB, je retrouve ici tout ce que j’aimais chez GW (un jeu de manœuvres et de construction de liste) mais modernisé et épuré, ce que GW n’a jamais su faire. Jusqu’ici le jeu me paraît raisonnablement équilibré et la qualité des figurines ne fait que s’améliorer depuis les premières sorties (qui étaient acceptables mais sans plus).

Au final, ASOIF obtient son label « Rabbit’s Approved ». Ce jeu est pour vous si :

  • Vous êtes un ancien de WHB ou si vous appréciez les jeux du même genre.
  • Vous aimez les jeux de régiments.
  • Vous appréciez l’univers de Westeros.
  • Vous estimez qu’une centaine d’euros est un somme acceptable pour monter une armée jouable.

Actuellement, quatre factions sont disponibles en VF :

Mobiles et offensifs, les Stark comptent sur un positionnement précis et des assauts violents pour l’emporter. La faction est déjà riche en personnages et proposent déjà une belle palette d’unités : infanterie moyenne, lourde, berserkers, cavaliers légers (les lourds sont sortis en VO), archers, pisteurs et bien sûr, les loups géants qui accompagnent certains personnages. Une armée taillée pour les joueurs agressifs qui aiment jouer sur le mouvement pour vaincre.

Dans un style totalement différent, les Lannister proposent une armée très résistante (l’armure lourde est la norme) qui en prime affaiblit le moral adverse. Les joueurs plutôt attentistes qui apprécient de grignoter lentement mais sûrement leur adversaire trouveront ici une armée qui leur conviendra à merveille.

La Garde de Nuit est à ce jour la faction la plus équilibrée du jeu. Très capable en tout sans réellement exceller dans une matière, cette armée est peut-être la plus « simple » à prendre en main. Et puis bon… ils ont des armes de siège et visuellement… ils ont de la gueule quand même, y’a pas à dire.

Le Peuple Libre est la faction « populeuse » du jeu avec des unités de base bon marché mais fragiles et assez faibles. A ces unités s’ajoutent quelques « élites » nettement plus costaudes (les géants, çà piquent) qui donnent une armée à deux vitesse : une masse de péons faibles mais nombreux associés à quelques gros bourrins des familles.

Enfin, la faction Neutre propose quelques héros et unités qui peuvent rejoindre n’importe quelle faction. Encore une occasion de compenser vos faiblesses ou de varier vos compos. Notez qu’avec les sorties récentes et annoncées, il sera bientôt possible de jouer la faction neutre en tant que faction à part entière et non plus comme complément des autres factions.

Mangez des carottes !